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23/06/2011

La monogamie, un mythe ?

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«Je lis religieusement la section mariage du New York Times», me confiait Julie, une belle fille dans la fin de la vingtaine, qui excelle dans sa carrière et qui rêve de se faire demander en mariage par un prince charmant, de porter la robe blanche et de «vivre heureuse même après» avec son futur époux. Célibataire depuis peu, elle chérit encore plus fortement ce rêve.

«Je veux rencontrer un homme et me marier», avait lancé Mélissa 30 ans, aujourd'hui mariée. Est-elle plus heureuse aujourd'hui ? Pas sûr...

«Le mariage est comme une ville assiégée: ceux qui sont dehors veulent y rentrer et ceux qui sont dedans veulent en sortir» voilà la phrase d'ouverture et bien ironique du film français Mariages !, signé Valérie Guignabodet (vidéo ci-dessous). Une façon de montrer qu'au fond, l'être humain est rarement content avec ce qu'il a et se fait rapidement des illusions par rapport à ce qu'il n'a pas.

Peut-être aussi que l'on a tendance à croire que si les autres vivent des échecs amoureux, on sera l'exception. On se dit: «Mais moi ça va marcher. Moi, c'est différent».

Malgré la multiplication des déceptions amoureuses, malgré les histoires d'infidélités vécues et entendues ou encore les scandales sexuels qui éclatent au grand jour, le rêve du couple mythique, uni pour la vie, est encore très présent dans l'esprit des gens.

La preuve: le mariage du prince William avec Kate a capté l'attention de millions de curieux à travers le monde, friands d'histoires de contes de fées. Car on veut y croire. Croire en l'amour pour toujours. Au couple heureux pour la vie. Au Québec, d'ailleurs, le mariage gagne en popularité auprès des jeunes.

Si on condamne l'infidélité sur la place publique, que l'on juge de haut ceux qui commettent l'adultère, on ne peut jamais savoir ce qui se passe réellement derrière les rideaux de ceux-là mêmes qui condamnent et jugent. Souvent, ce sont eux qui ont les pires vices cachés. Mais l'infidélité est-elle quelque chose de si surprenant ? De si condamnable ? Doit-on pardonner une infidélité ?

L'anthropologue américaine Helen Fisher, qui a étudié le couple et l'amour, avait déjà conclu que deux êtres humains ne sont pas faits pour vivre ensemble éternellement. Selon la spécialiste, la relation monogame a une durée de vie de 4 à 5 ans.

Et ce n'est pas un principe nouveau. Déjà, dans les années 1950, le rapport Kinsey rapportait que 24% des femmes mariées avouaient avoir été infidèles à 40 ans.

«On butine»

«Les humains ne sont pas monogames», affirme pour sa part un anesthésiste à la retraite qui a travaillé à la bibliothèque de l'institut Kinsey «On butine. C'est ce qu'on fait ! Et si on ne butine pas, on en a envie !»

Mais une fois qu'on en a envie, le mal est-il déjà fait ?

Nicolas, 36 ans, ne croit pas non plus à l'idée de la monogamie:

«La monogamie semble être une invention de l'église du temps qu'elle avait le pouvoir et aujourd'hui de l'État pour mieux contrôler ses ouailles. La vie de couple, avec des enfants, qui dure ad vitam æternam est synonyme de stabilité, de responsabilité, d'obligation de faire vivre tout ce monde en travaillant et en faisant rouler l'économie d'un État. L'État, par de nombreuses lois, incite à faire des enfants et à vivre en couple. Le divorce est encore quelque chose de très compliqué à mettre en place. Favoriser la monogamie est une manière de contrôler une population qui aurait tendance à aller naturellement vers des unions multiples, surtout chez les hommes (ce qui semble de moins en moins vrai avec la libération de la femme). Je ne crois pas en la monogamie, mais toutes les autorités d'un pays nous y font croire pour éviter l'anarchie en allant à l'encontre de la nature humaine. »

Selon les recherches de l'auteur du nouveau livre Marriage Confidental, Pamela Haag, 65% des femmes contre 85% des hommes seraient infidèles s'ils étaient sûrs de ne pas se faire prendre.

Le simple fait de fantasmer sur une autre personne que son partenaire, est-ce là les premiers signes d'une infidélité ?

«Quand j'ai vu que je ne cessais de fantasmer sur mon boss, j'ai réalisé qu'il y avait un problème dans mon couple. Un problème qu'il fallait que j'affronte», lance Isabelle, 33 ans, qui a fini par laisser son copain.

On peut avoir un petit béguin pour une tierce personne, mais quand on y pense tous les jours, que cette personne nous obsède, qu'on fantasme sur elle au quotidien, que l'on s'emballe chaque fois qu'on lui parle, voilà qui est révélateur.

Alors, peut-on passer toute une vie sans fantasmer sur une autre personne ? Sans vouloir aller voir ailleurs ? Sans succomber aux désirs, aux pulsions, à la nouveauté, à la volonté de changement? Et est-ce si mal de vouloir succomber à ses instincts ? Doit-on les retenir à tout prix, quitte à ressentir une frustration ?

«On peut avoir une attirance pour quelqu'un d'autre, trouver une personne belle, mais de là à vouloir vivre une aventure extraconjugale avec cette personne, c'est autre chose», avance Philippe, 33 ans.

«Je crois que la monogamie existe toujours, mais que ça nécessite des efforts!», lance Élisabeth, 30 ans. Je crois que, même si on est très amoureux de la personne, la passion finit par tomber. On peut être très heureux avec quelqu'un, mais je ne peux pas croire que l'on puisse ne ressentir aucune autre tentation dans sa vie. Mais je pense qu'on peut le faire, si on ne succombe pas à la première tentation qui arrive!».

Le couple ouvert, une belle théorie, mais en pratique...

«J'aimerais croire au concept de couple ouvert. En théorie, j'aimerais me dire que je suis capable de rester en couple avec mon copain que j'aime, et qu'on se donne la liberté d'aller voir ailleurs. Mais je sais que j'aurais trop de peine de savoir qu'il fait l'amour avec une autre fille. Qu'il caresse et embrasse une autre fille. En pratique, je serais incapable d'appliquer cette théorie, même si sur papier, elle me semble intéressante», dit Catherine 31 ans.

Pamela Haag ne croit pas que le mariage ne doit plus exister, mais simplement qu'il faut redéfinir les bases du couple.

C'est sans oublier le cybersexe dans une ère numérique, la popularité croissante des clubs échangistes, la multiplication des monogames en série et le concept de polyamour qui prend de l'ampleur. Dans le polyamour, on entretient en toute honnêteté plusieurs relations amoureuses à la fois. Il ne s'agit pas d'échangistes ou de polygames, mais de polyamoureux, précise un article du Elle Québec. Les poyamoureux seraient un demi-million aux États-Unis.

«Il m'est très difficile d'être monogame. Je me sentais frustrée quand je l'étais, car j'ai besoin de variété, d'un point de vue sexuel, mais aussi émotionnel et intellectuel. C'est très libérateur, très excitant de fréquenter plusieurs hommes. Ça rend ma vie beaucoup plus riche», confie une adepte du polyamour au magazine Elle Québec.

Pour la première fois, en 2010, les couples mariés ne forment plus la majorité aux États-Unis, selon le US Census Bureau. Les couples mariés représentent 48% des ménages américains. D'abord, à cause des divorces ou du décès du partenaire à un âge plus avancé. Ensuite parce qu'on passe la bague au doigt plus en plus tard.

Et vous ? Croyez-vous à la monogamie ? Trouvez-vous qu'on vit dans son couple de façon hypocrite ? Que l'on vit dans une société qui prône la monogamie, mais que dans le fond personne n'y croit ? Doit-on encore tout faire pour construire une relation monogame «jusqu'à ce que la mort nous sépare», peu importe les sacrifices qu'il faut faire ?

(photo: iStock)



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Nadielle Kutlu Nadielle Kutlu

Après des études en sciences politiques à Montréal et en France, un passage à l’ONU en Suisse et une maîtrise à l’Université Concordia, Nadielle Kutlu plonge dans le fabuleux monde du journalisme, notamment pendant 3 ans à La Presse. À travers ses reportages, une réalité lui saute rapidement aux yeux : le sexe mène le monde et le monde aime le sexe! Pour satisfaire sa curiosité (et la vôtre!), elle se penche sur ce sujet qui fascine hommes et femmes de tous les âges et de tous les milieux. Elle ose là où d’autres s’abstiennent, elle pose des questions là où d’autres se taisent, elle ouvre les yeux là où d’autres les ferment. Vous pensiez tout savoir sur la sexualité? Hum…!

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