Sexe et cancer, le dernier tabou
Le sexe et le cancer. On en entend peu parler. Probablement parce que ça dérange. Que ça rend mal à l’aise. Ou parce que ce n’est pas vendeur.
Dans les pages du New York Times, Suleika Jaouad (photo) une jeune Newyorkaise atteinte de leucémie, raconte qu’elle a failli ne pas écrire sa chronique sur le sexe et le cancer. Elle n’y arrivait pas. D’abord, écrire sur la maladie est difficile pour elle. Rajouter le sexe à cela est encore plus troublant.
On lui a diagnostiqué la leucémie à 22 ans. En plus de lui dire qu'elle sera infertile à cause des traitements de chimiothérapie. Deux tristes nouvelles qu’elle a dû absorber à un si jeune âge.
La jeune femme organise régulièrement des rencontres chez elle avec d’autres femmes de son âge atteintes du cancer. Elles parlent de tout, rigolent, mais ne parlent jamais de sexe.
À sa grande surprise, dans le département d’oncologie, le sexe est un véritable tabou. Personne n’en parle, raconte-t-elle. Pas les médecins. Pas les infirmières. Ni les patients.
Pourtant, les effets secondaires des traitements sur la sexualité sont bien réels.
«J’étais troublée par les effets des traitements sur mon corps qui changeait au fur et à mesure», écrit-elle. Des changements tel que des bouffées de chaleurs et une condition de pré-ménopause qu’elle a dû apprivoiser toute seule.
Aujourd’hui âgée de 24 ans, elle constate qu’autour d’elle, les jeunes femmes de son âge sont en couple, projettent de se marier, de fonder une famille. Alors que son corps à elle la rend « confuse, frustrée, vulnérable et pas sexy ».
Si le sexe ne fait jamais partie de leurs conversations entre filles, les quelques fois où le sujet a été abordé a soulevé de nombreuses questions.
L’une des filles est inquiète d’avoir mal pendant les relations sexuelles à la suite de radiations dans la région pelvienne.
Une autre n’arrive plus à atteindre l’orgasme et se demande si c’est à cause de la chimiothérapie.
Une autre confie que l’oncologue a été très mal à l’aise lorsqu’elle lui a posé des questions sur les moyens de contraception. Devant une telle réaction, la femme s’est tournée vers Google pour trouver des réponses. Pourtant, chercher des réponses médicales sur les moteurs de recherche, c’est exactement ce que les médecins veulent éviter. Mais que faire quand les professionnels eux-mêmes sont trop mal à l’aise pour répondre?
Les effets secondaires sont-ils normaux? Y a-t-il une façon de les atténuer? Des questions qui restent malheureusement sans réponse pour celles aux prises avec un cancer.
Suleika Jaouad a finalement trouvé une personne-ressource dans une conférence. Sage Bolt est une médecin spécialiste des questions de santé sexuelle auprès de patients atteints de cancer. Elle lui assuré que les effets sexuels des traitements sont normaux et traitables. Ce qui l’a rassurée.
«Les gens sont gênés et honteux parce que personne ne leur dit que ce qu’ils vivent est normal», lui a dit Sage Bolt, qui déplore le manque d’information de la sphère médicale sur le sujet. Elle avance que les médecins sont tellement absorbés par le cancer lui-même et les traitements, qu’ils oublient d’accorder une importante à la santé sexuelle des patients.
«Nous savons maintenant que nous n’avons pas à souffrir en silence», conclut Suleika Jaouad.
(Crédit photo: Ashley Woo)
Qu'en pensez-vous? Avez-vous vécu une telle situation? Comment vous en êtes-vous sorti(e)?
Rédigé par : Audrey | 22 fév 2013 14:05:31
COME ON! Il reste des tas de tabous sexuels!!!
Que dit-on a une femme de 80 ans qui demande si c'est normale qu'elle n'est plus d'orgasme? Pensez-vous vraiment qu'elle se sent plus a l'aise?!